“On nait aventurier”

L’aventure est avant tout un état d’esprit, une façon de voir les choses. Une démarche souvent solitaire qui réveille le fondement de l’homme, de ces choix, de sa curiosité. Partir à l’aventure, c’est se dépasser, sentir avec son corps, ses sens et son esprit les fondations de notre être et de notre animalité…

Sarah fait son apprentissage d’aventurière

“Le feu qui brûle en elle depuis toujours allait devenir sa passion, son métier, sa vie.” Elle a vécu une enfance de sauvageonne à la campagne à grimper aux arbres et à observer les oiseaux des heures durant. Petite, elle brûle d’une intense curiosité. Ce frémissement intérieur pour la découverte l’a construite, l’a forgé, l’a rendu flexible mais non cassable… Au sortir de l’enfance, elle est ” entière ” et prête.

Elle commence à chasser…

Sarah, sans argent de poche, s’attela vers l’âge de 7 ans à la tâche ingrate de la chasse à la limace dans le grand jardin potager de la famille. Toutes les 100 limaces elle gagnait 1 frs. Alors, peu importe le temps qu’il faudra, elle économisa pour arriver au montant nécessaire qu’il lui fallait pour acheter le prestigieux magazine : l’équivalent du National Geographic au prix de 8.- Fr. Elle part pour la première fois à l’âge de 17 ans, décidée à explorer la Turquie à cheval, sans pour autant avoir appris à monter. Elle se voile même pour avoir accès aux régions isolées de l’Anatolie centrale. Elle découvre ensuite l’Australie, seule, sans parler un mot d’anglais, puis l’Amérique du sud qui éveille en elle le véritable appel de la vie sauvage. Mais c’est en Nouvelle-Zélande qu’elle découvre la marche et que, sous une pluie battante au bord d’un fjord (avec dans son sac à dos, tout sauf ce dont elle avait besoin) elle touche à la “Nature“ de l’intérieur… Elle est alors attirée par la beauté des îles et séjourne à Mooréa (Polynésie Française). Mais le bush australien l’appelle. Elle retourne donc régulièrement s’y ressourcer à travers les années. Elle explore aussi le Canada en canoë, au milieu des ours et des élans.

Ses tribulations

Elle n’en est pas à son premier essai… à 8 ans, elle part dans une grotte en compagnie de son chien pour y passer la nuit…alors que personne n’est au courant. A 17 ans en Turquie, elle traverse l’Anatolie centrale à cheval – petit détail – elle ne sait pas monter. Puis le goût du voyage l’a amené en Australie, mais la découverte de la marche s’est opérée en Nouvelle-Zélande. Elle passe du temps en Patagonie sur ces terres sauvages. Attirée par la beauté des îles, elle séjournera à Mooréa (Polynésie Française). Mais le bush australien la rappelle à nouveau. Elle retournera régulièrement s’y ressourcer à travers les années. Le Canada sera découvert en canoë. En 2000 elle traverse les USA de la frontière canadienne à la frontière mexicaine…4’260 km en 4 mois et 6 jours…un chemin semé d’embûches. Depuis ces montagnes blanches valaisannes, elle imagine un projet fou… la traversée des déserts australiens en situation de survie. Elle boucle son périple, le 25 novembre 2003 en 17 mois pour 14’000 km parcourus à travers le bush australien. Elle en revient changée et accompagnée d’un dingo (chien sauvage). En lui sauvant la vie elle en fera son complice du nom de d’Joe. Elle rêve à ces montagnes blanches d’Amérique du sud… elle y retourne avec “La voie des Andes”. Elle rentrera 8 mois plus tard, avec 7’000 km dans les jambes du Chili au Pérou, via la Bolivie sur le dos de la Cordillère des Andes. En 2010 elle repart de la Sibérie en Australie. Une expédition seule du froid au désert. De l’altitude à la jungle… plus qu’un périple c’est une philosophie du mouvement. Elle nous revient 3 ans plus tard. Le 17 mai 2013, elle arrive avec plein d’émotion à son petit arbre au sud de l’Australie et posa son sac pour la dernière fois. Ce petit arbre elle l’a rencontré voilà bien des années, elle lui avait alors promis de revenir le voir – promesse tenue… “ J’ai entendu l’hélicoptère qui me cherchait avec à son bord un caméraman et ceci à quelques kilomètre de mon arrivée. C’était la première fois que je me suis sentie vraiment perdue… les premiers et les derniers pas sont les plus dur… ”

Expédition ExplorAsia, 2010 – 2013

“De Sibérie en Australie” 3 ans à pied, en solitaire.

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Désert du Gobi, hiver C’est la fin de journée, la température est descendu à – 30° C degrés, je suis prête à poser ma tente, lorsque ce cavalier arrive de nulle part. Il s’assied et allume une cigarette dans un silence complet. Une fois terminée, il me salue de la tête et repart se fondre dans le blanc de l’horizon.

En 2010 elle quitte la Sibérie pour l’Australie, à pied, en solitaire… passant du froid au désert. De l’altitude à la jungle, 6 pays à traverser, 6 langues différentes à pratiquer. Plus qu’une expédition c’est un dépassement de soi constant. Elle boucle cette marche extrême en 3 ans. Durant cette traversée, des obstacles en tout genre l’ont poussée au-delà de ses limites …

Mongolie – Désert Gobi

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Mongolie, nord Ainsi la vie, s’écoule dans la steppe Mongole. C’est l’été, les 3 mois les moins rudes de l’année. Je passe en tirant mon cabas, capture cette image, les têtes ne se lèvent pas … La vie continue.

Elle se retrouve face aux tempêtes de sable, de grêle, aux coulées de boue qui détruisent sa tente plus d’une fois. Puis d’insistants cavaliers mongols, saouls de surcroît, visitent régulièrement son camp à la nuit tombée. Au sud du désert de Gobi, Sarah est évacuée d’urgence à cause d’une infection dentaire qui la rend sérieusement malade. À son deuxième essai, la température extrême, –35° C, associée au blizzard, mortel dans ces conditions, stoppent à nouveau sa progression, mais la 3ème tentative sera la bonne.

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Désert du Gobi, frontière Chinoise Les nomades ne vont pas aussi loin. J’ai récolté du bois pour faire un feu , car des loups hurlent dans la nuit. Le lendemain, avant le lever du jour, l’un d’entre eux tourne autour de ma tente.

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Désert du Gobi, nord C’est le matin, je suis en train de m’habiller quand soudain, j’entends de petits cris très aigus, plaintifs. J’ouvre ma tente sans faire de bruit et je les vois se rapprocher tout en mangeant ces herbes piquantes. Ils passent à quelques mètres seulement de ma tente… moments d’émotions seule avec Dame Nature.

Chine

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Désert du Gobi – A 100 km frontière chinoise. Ce matin-là, je suis malade mais je dois impérativement avancer. Mes réserves d’eau ne me permettent pas de m’arrêter un seul jour avant d’arriver au prochain point d’eau. Ici la vie ne tient qu’à un fil.

La Chine est une étape rafraîchissante. Sans carte (interdite), sans GPS (interdit), Sarah traverse les montagnes du Sichuan avec comme seuls compagnons sa boussole et toutes ses années d’expérience. Elle finit par se faire arrêter manu military par les forces spéciales et doit quitter le pays d’urgence.

Laos – Thaïlande

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Thaïlande – à la frontière avec la Birmanie. Après m’être plongée dans l’eau de la rivière avec tant de joie, je découvre un éléphant sur l’autre rive. Cette nuit-là, j’ai fait un feu pour signaler ma présence aux animaux de la jungle. En temps normal, je me cache pour ma sécurité, mais cette fois-là le danger était de plusieurs tonnes.

La fièvre “ dengue ” la terrasse au Laos, au milieu de la jungle, et peu de temps après des trafiquants de drogue armés de fusils l’attaque en pleine nuit.. Passé à deux doigts du désastre, elle ressort secouée de cette aventure.

Mer

Elle passe d’Asie en Australie en tant que “ passagère ” sur un cargo de marchandises. Au bout de 13 jours de traversée dans une atmosphère tendue, elle atteint les côtes australiennes.

Australie

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Australie, WA Ce qui fait la beauté de la vie en plein air, c’est de vivre avec la lumière et d’être le témoin de chaque lever et et de chaque coucher de soleil.

Elle se plonge corps et âme dans cette terre rouge qu’elle connaît désormais si bien. C’est avec le sourire que, plongée dans cette nature sauvage, elle partage son quotidien, entre les crocodiles, la chaleur extrême, les serpents venimeux, les sangliers et les buffles. Elle finit son périple au sud de l’Australie, au milieu de la Nullarbor Plaine. “Là où s’arrête la terre et commence la mer …” Durant son précédent périple Australien 10 ans plus tôt, elle avait dormi sous un arbre, le seul à des kilomètres à la ronde. Celui-ci devint alors “ son arbre ” et elle lui fit la promesse de revenir. C’est donc sous son arbre qu’elle termine son incroyable expédition le 17 mai 2013 … 3 ans après son départ. “Plus qu’une expédition… Ce fut une adaptation constante à mon environnement, aux dangers en tout genre”

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Australie du nord – 836ème jours d’expédition. Je retrouve le bush australien avec tant de joie, je reconnais le moindre bruit, la moindre plante, le moindre arbre. Et pourtant, les dangers dormants du bush tels que les crocodiles, les buffles ou les serpents demandent une attention constante.

Expédition Amérique du Sud, 2006

“La voie des Andes” 8 mois à pied, seule sur le dos de la cordillère des Andes

Elle part de Santiago du Chili pour parcourir 7000 km et terminer son expédition au Pérou au sommet de la majestueuse cité Inca “ Machu Picchu “. Durant presque tout son parcours dans les Andes, Sarah souffre du mal des montagnes. Le froid (plus de 2 mois à –25°), l’altitude et le vent rendent son avancé difficile. Son frère Joël (chef expédition) dépose de la nourriture et de l’eau dans des trous qu’il creuse sur le parcours. Il suffit alors à Sarah de retrouver les caches de ravitaillement avec son GPS. L’organisation est méticuleuse et pourtant elle s’interroge : ” des mois s’écouleront avant qu’elle n’atteigne certaines caches. Les animaux, le climat ne vont-ils pas détruire sa nourriture ?” Mais au final, grâce au travail précis de son frère, seule une cache sera pillée par les souris.

Machu Picchu – arrivée

Elle achève l’ascension du Machu Picchu aux premières lueurs de l’aube. Un moment d’émotion … qui ne dure pas car l’aventure ne s’arrêta pas là … “Les autorités arrivent en force quelques minutes après moi et nous expulsent du site malgré l’autorisation d’accès exceptionnel que nous possédions”.

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Chili – Laguna Verde Le froid, le vent et les souffrances dues à l’altitude ne m’ont pas quittées sur les quelque 7000 km de l’expédition. © Photo Joël Marquis

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Bolivie Les conditions difficiles de la vie en altitude.

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Chili Ma charrette et un sac à dos m’ont permis de porter mon eau et ma nourriture jusqu’au prochain point GPS, où mon frère Joël a enterré (il y a plusieurs mois), mon prochain ravitaillement.

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Nord Chili Moments seule, face à la rudesse, mais aussi la beauté de la nature.

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Bolivie J’ai suivi les traces de nos ancêtres incas. J’avais avec moi de précieuses cartes topographiques qui m’ont aidées à me diriger sur cette cordillère aux lignes parfaites.

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Pérou – Machu Picchu Arrivée matinale au sommet— par un sentier non autorisé, à l’arrière. Après des mois de négociations, j’ai obtenu un permis. Eclairées par la pleine lune, mes deux dernières nuits d’expédition ont été magiques.

Expédition Australie, 2002-2003

14’000 km à pied à travers les déserts australiens en 17 mois

Sarah passe 510 jours à parcourir l’Outback Australien. Seule face à l’ingratitude de Dame Nature elle a su se monter humble pour affronter son destin en repoussant ses limites physiques et mentales. Elle va se baser sur son expérience pour survivre en utilisant son flair, ses astuces et ses techniques de pointe emprunter à l’armée américaine. Du plat d’insecte aux longues journées sans nourriture, elle continue à marcher malgré son ventre vide. La faim l’a marquée à jamais “ racontera-t-elle en rentrant de son expédition extrême ” . Elle termine son périple incroyable en 17 mois et 14’000 km… Sarah avec cette expédition voulait répondre à une de ces interrogations : “ suis-je capable de survivre en tant que femme blanche dans ces régions désertiques ou seul les aborigènes on réussit à y vivre ”.

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Great Sandy Desert Il me reste 800 dunes de sable rouge à traverser. Un endroit envoûtant. © Photo Joël Marquis

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Canning stock route Je ressens l’isolement; autour de moi 2000 km de désert où aucun être humain ne vit. Il est rare de nos jours de sentir la nature sans la trace de l’humain.

It was very difficult to survive. I ate roots, plants, bush fruits... but I also had to hunt. As a diligent vegetarian, it felt like I was betraying MOTHER NATURE.

J’ai eu beaucoup de peine à survivre. J’ai trouvé des racines, des plantes, des fruits du bush… mais j’ai aussi dû chasser et pour une végétarienne assidue, ce fut comme trahir DAME NATURE.

When Joe joined me, it changed my life. He carried its water and food with pride and determination in its own backpack, for all of 10,000 km.

Quand d’Joe m’a rejoint, il a changé ma vie. Il a porté avec fierté et détermination son eau et sa nourriture dans son propre sac à dos, et ceci, sur 10,000 km.

After having spent a few months without bathing, my brother Joel (Logistique expédition) found me at a GPS predetermined location. I was finally able to wash myself with water from jerrycans he brought for me.

Ravitaillement Après des mois sans me laver, mon frère Joël (Logistique de l’expédition) me retrouve dans le bush à un point GPS prédéterminé. Je peux enfin me laver grâce aux jerricanes d’eau qu’il m’apporte. © Photo Joël Marquis

I discovered at my own expenses that my walking shoes could not be used beyond 2000 km.

J’ai découvert à mes dépens que mes chaussures de marche ne pouvaient pas être utilisées au-delà de 2000 km.

Expédition USA, 2000

Elle traverse les USA seule, à pieds, de la frontière canadienne à la frontière mexicaine … 4’260 km en 4 mois et 6 jours … un chemin semé d’embûches, de feux de forêt, d’ours et d’une première arrestation par les autorités.

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Désert du Mojave Sous des températures infernales, seule, j’ai affronté ma première traversée de désert.

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Washington Seule dans la forêt, j’accroche ma nourriture haut dans les arbres en espérant que les grizzlys ne me la volent pas durant la nuit.

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High Sierra, Californie Je vivais alors mes premiers frissons devant la montagne, échappant de justesse à une avalanche plus au nord. J’attendrai 6 jours au sommet, pour enfin un matin, à 3 h, redescendre lorsque la neige a été suffisamment dure.